Le référendum raté de Terre-Neuve: L’annexion de 1949

Depuis 1931 et le Statut de Westminster, Terre-Neuve et le Canada étaient deux États indépendants, membres du Commonwealth britannique. Au début des années 1930, Terre-Neuve comme le Canada et son puissant voisin du Sud, les États-Unis, sont aux prises avec la pire crise économique de l’histoire. Les 300 000 Terre-Neuviens, vivant essentiellement de l’industrie de la pêche, sont durement frappés et le gouvernement peine à trouver une sortie de crise. En 1934, Londres prend en charge la dette étrangère de Terre-Neuve, mais à un fort coût: la dissolution du gouvernement et l’imposition d’une « Commission de gouvernement », qui dirigera l’île de 1934 à 1949.

Paternalisme bienveillant pour les uns, dictature pour les autres, la Commission qui dirige le territoire pendant 15 ans est nommée directement par Londres. Elle comporte six membres, dont trois doivent venir de Terre-Neuve. Le président de la Commission est le gouverneur de Terre-Neuve, également nommé par Londres. Au moment du référendum, Terre-Neuve n’a donc pas de gouvernement démocratiquement élu…

Après six ans de conflit difficile pendant le Seconde guerre mondiale (1939-1945), la Grande-Bretagne, financièrement épuisée cherche à se départir de Terre-Neuve. Un des enjeux majeurs de la guerre et l’idée que vont mettre à l’avant les démocraties occidentales est le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Le choix sera donc laissé aux Terre-Neuviens du gouvernement dont ils veulent. Une Assemblée constituante est mise sur pied, la « National Convention », composée de 45 membres élus par la population, chargée d’étudier et de débattre la question de la forme que prendra le futur gouvernement. La décision finale reviendrait au peuple lors d’une consultation populaire.

Après 18 mois de travaux et délibération soit le 29 janvier 1948, l’assemblée en vient à la conclusion que l’option de la confédération avec le Canada ne fera pas parti des choix offerts aux Terre-Neuviens. Les deux choix offerts seront:

1. Le gouvernement responsable comme celui d’avant 1934 (l’indépendance).

2. La Commission de gouvernement (le statu quo).

Par une curieuse tournure des évènements, l’option de la confédération avec le Canada finira tout de même par se retrouver sur le bulletin de vote. L’historien David MacKenzie commente « Le Bureau des relations du Commonwealth avait conservé pour la décision définitive sur ce qui devait paraître sur le bulletin de vote et vu le sentiment de la Grande-Bretagne et du Canada à ce sujet, il ne pouvait y avoir qu’une décision […] L’option de la confédération a donc été incluse sur le bulletin parce que c’était la politique soutenue par le Canada et la Grande-Bretagne ».  Le référendum prévu ne comporterait ainsi non pas deux, mais bien trois choix. Cette décision venue d’en haut était pourtant contraire à ce qui avait été décidé par l’assemblée élue par les gens de Terre-Neuve. À partir de ce moment, le référendum en devient un à deux tours: Si, lors du premier tours, aucun des choix n’obtenait une majorité, il y aurait un deuxième tour, qui n’inclurait que les deux choix ayant obtenu le plus de voix.

Joseph Roberts Smallwood, futur premier Ministre de Terre-Neuve de 1949 à 1972, est un acteur important du camp de la confédération. En 1946, il est élu à la National Convention et déploie toutes ses énergies à promouvoir l’union avec le Canada. Fédéraliste convaincu, il domine littéralement les débats. Smallwood, s’adressant aux Terre-Neuviens, tiendra ce discours « Nous ne sommes pas une nation. Nous sommes une municipalité de taille moyenne […] laissée loin derrière dans la marche du temps. »

Au premier tour, le 3 juin 1948, le retour à l’indépendance est le choix le plus populaire et remporte 45% des voix. Vient ensuite la confédération avec 41%. Les résultats du deuxième tour scelleront le sort de l’Île. Celui-ci se tient 49 jours plus tard, soit le 22 juillet 1948. Les résultats sortent enfin: 52,3% pour la confédération contre 47,7% en faveur de l’indépendance.

Les résultats sortent enfin.

Après de longues négociation entre Ottawa et Terre-Neuve, l’île devient officiellement la dixième province canadienne le 31 mars 1949.  Aussitôt sortis, ces résultats sont qualifiés de « clear and beyond all possibility of misunderstanding » (claires et sans ambiguïté) et « without any trace of influence or pressure from Canada » (sans la moindre influence ou pression du Canada) par le premier ministre canadien de l’époque, William Lyon MacKenzie King. Si le résultat paraissait effectivement clair aux yeux de tous, les circonstances entourant le vote, qui n’ont été mises au jour que des décennies après l’évènement, soulèvent un lot insoupçonné de questions quant à la transparence du processus référendaire, voire même sur la crédibilité des résultats finaux.

Dans son ouvrage publié en 2005, Robin Philpot, diplômé en histoire de l’Université de Toronto, mentionne qu’au moment où le Canada fêtait son centenaire, soit en 1967, dans le cadre d’un séminaire sur Terre-Neuve, un homme politique du nom de Harold Horwood – un des principaux lieutenants de Smallwood – a décrit avec ferveur « comment le Parti libéral du Canada avait financé à grand frais et en sous-main la campagne favorable à l’annexion »(p. 32). Ne pouvant récolter assez de fonds à Terre-neuve, il trouve auprès de l’argentier C.D.Howe et le trésorier Gordon Fogo, tous deux du Parti libéral, des gens près à lui soumettre une liste de donateurs privés potentiels. « Il y avait beaucoup de dépense et je pense que nous avons dépassé plusieurs fois le montant qu’à pu dépenser la Ligue pour un gouvernement responsable » favorable à l’indépendance. En 1948, la télévision est rare. Les journaux et la radios sont les médias principaux. Horwood continue «Notre envoyé Ray Petten est resté au Canada pendant toute la campagne référendaire et a continué à la financer. Nous avons pu publier un journal hebdomadaire au coût de 5 000$ par semaine et nous avons embauché le meilleur caricaturiste au Canada qui nous faisait des caricatures à 500$ chacune »(p. 33).

Le camp procanadien aurait également un rôle important à jouer dans la montée des tensions religieuses qui divisait la population de Terre-Neuve. Profitant de l’opposition entre catholiques, majoritairement favorables à l’indépendance, et les protestants, qui prônaient plutôt de rejoindre la confédération, des agents doubles posent des affiches provocatrices devant les églises protestantes. Horwood vante l’exploit ainsi: « Les Catholiques ne savaient pas, et personne ne l’a su pendant 15 ans, qu’un groupe du camp proconfédération avait fait imprimer les affiches pour ensuite les placer eux-mêmes sur les églises protestantes. Nous avions un agent double (…) Au moment du deuxième référendum, nous avions réussi par ces méthodes fourbes et très douteuses à convaincre assez de protestants pour obtenir un très mince majorité de 2% » (p. 34).

Philpot révèle un dernier fait troublant. En 1967, dans un studio de radio de la BBC à Londres, un Anglais d’un certain âge ayant vécu à Terre-Neuve à l’époque du référendum, écoute un jeune étudiant londonien provenant de Terre-Neuve lire un poème qui le trouble. Il déballe ensuite sont histoire: haut fonctionnaire aux affaires étrangères britanniques, « il était chargé de voir à ce que le résultat de ce deuxième tour du référendum favorise l’annexion de Terre-neuve au Canada. Mais, ne le voyant pas ainsi, les Terre-Neuvois auraient rejeté la confédération avec le Canada pour une deuxième fois par le vote très serré de 52% contre 48%. Pour faire plaisir à Londres, le fonctionnaire britannique n’aurait fait que modifier légèrement le résultat, un maigre 4%, ce qui aurait scellé l’avenir du pays » (p. 35). Ce diplomate était probablement St John Chadwick.

Smallwood signant l’entente qui fait entrer Terre-Neuve au sein du Canada

Au regard de la documentation historique, il est impossible de vérifier le résultat véritable du référendum.  La raison est en simple; tous les bulletins de votes ont été brûlés deux semaines après les résultats par un certain Terre-Neuviens du nom de David Butler. Dans quel but? L’historien John Fitzgerald mentionne que l’homme lui aurait confié avoir reçu des instructions du directeur des élections, Nehemiah Short, l’enjoignant de brûler les documents.

Le débat référendaire n’a jamais totalement disparu de la scène politique québécoise. Les avantages de l’indépendance sont souvent difficiles à déterminer, alors que les peurs qu’elle peut provoquer – instabilité économique, conflits avec Ottawa, etc. – nous sont régulièrement rappelés par les fédéralistes convaincus. Qu’en est-il de Terre-Neuve? Son intégration au Canada lui a-t-elle été bénéfique? En 2004, The Independant de St-Jean, à Terre-neuve, publiait un bilan global de la confédération avec le Canada. Le rapport, qui contient également une analyse coûts-avantages détaillée, conclut que Terre-Neuve a été perdante sur presque toute la ligne. L’industrie de la pêche, qui est de compétence fédérale, a périclitée. Par comparaison avec une autre île vivant à 80% de la pêche ayant obtenu son indépendance dans les mêmes années, soit l’Islande en 1944 (mais dans un contexte fort différent, puisque le Danemark était alors envahi par l’Allemagne), cette dernière était plus pauvre que Terre-Neuve en 1930. Aujourd’hui, l’Islande enregistre un produit intérieur brut légèrement supérieur à celui du Canada.

Brian Tobin, homme politique canadien, faisait remarquer dans une entrevue en 2004 avec Philpot qu’ « il y a encore plein de monde à Terre-Neuve d’un certain âge qui disent: « Nous avons perdu notre patrie, nous avons abandonné notre pays sans tirer une seule balle ». » Ceux qui ont voulu convaincre les Terre-Neuviens qu’ils n’étaient « pas une nation », mais une municipalité moyenne, « laissée loin derrière la marche du temps », se sont bien gardé de rappeler que cette île, accostée une première fois en 1497 par Giovanni Caboto, habitée des vikings dès l’an mil puis colonisée en 1583 par les Anglais, aujourd’hui composée à 97% d’anglophones, possède sa propre  identité, sa propre histoire d’ailleurs bien antérieure à celle du Canada.

Samuel Venière

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Les citations sont tirées de « PHILPOT, Robin, Le référendum volé, Éd. Les Intouchables, Montréal, 2005. »

À voir aussi…

Les Archives de Radio-canada datant de 1949. Un reportage de René Lévesque.

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Un valet de coeur pour 50 livres : la monnaie de carte en Nouvelle-France

Que faire quand on manque de « piastres »? En 1685 à Québec, faute d’argent papier, on utilise des cartes à jouer. Comme on n’exploite pas de métaux précieux en Nouvelle-France au 17e siècle, les administrateurs comptent sur l’arrivée des bateaux à chaque fin de saison, qui transportent de la monnaie sonnante depuis la France pour payer les fonctionnaires, les fournisseurs, les soldats et les commis. Mais que faire quand le transport prend du retard? Pire encore, s’il n’arrive jamais? Afin de pallier à ce problème, un personnage va trouver une solution tout à fait innovatrice : une monnaie de papier faite de cartes à jouer! Ce qu’on sait peu, c’est qu’il s’agit du premier cas d’utilisation de papier-monnaie en Amérique du Nord, et l’un des premiers dans le monde.

Monnaie de carte du Canada valant 50 livres. Au verso, les signatures de Duplessis, Vaudreuil et Begon, 1714.

En l’an 1682, l’intendant de Québec est Jacques de Meulles. Il doit son poste à ses liens familiaux avec le ministre Colbert, alors contrôleur général des finances de France au service du roi Louis XIV. Il est responsable du développement de la colonie à une époque difficile : les nations iroquoises sont de plus en plus hostiles, alors que le gouverneur Joseph-Antoine Le Febvre de La Barre, avec lequel il s’entend plutôt mal, mène une administration désastreuse, notamment sur le plan militaire. Pour faire obstacle aux maraudes des « sauvages », le roi envoie en 1684 un détachement de soldats pour garder les dépôts de pelleteries, mais « il oubli[e] de le payer tout en ordonnant de le faire vivre ». Évidemment… Les chargements de numéraires en provenance d’Europe n’arrivent qu’en fin de saison (quand ils finissent par arriver), créant toujours beaucoup de confusion dans la colonie en manque de liquidités. Les habitants en viennent à commercer par le troc, à la manière des Amérindiens. Benjamin Sulte (1841-1923), historien, journaliste, homme politique et poète québécois, déplore cet état des choses, le qualifiant de « primitif » et « par trop gênant ».

C’est dans ce contexte de crise que l’intendant de Meulles invente, en 1685, une monnaie tout à fait nouvelle, faite de papier. Le principe est simple, mais bien pensé : l’intendant y écrit un certain montant, y appose sa signature et son sceau de cire. Sur le dos de la dame de trèfle, par exemple, on inscrit : «Bon pour la somme de quatre livres ». Une fois le navire du roi arrivé, il rembourse en espèce la monnaie de carte.

Un premier essai est fait en utilisant un simple bout de carton, qui servait de bon d’échange. À défaut d’imprimerie, on écrit ces bons à la plume et à défaut de carton on utilise du papier blanc. Or, ce dernier est trop mou, sans consistance et s’endommage facilement. Le roi n’approuve pas ce mode de paiement et refuse de payer les habitants qui en détiennent. C’est un premier échec. Cette forme de monnaie prend fin seulement un an plus tard, en 1686. Trois ans plus tard, vers 1689, de Meulles à l’idée d’utiliser l’endos blanc des cartes à jouer (comme celles que l’on connait aujourd’hui), qui, semble-t-il, abondent dans la ville de Québec. Son matériau est beaucoup plus résistant. Approuvées par le roi, ces cartes étaient signées à leur dos de la main de l’Intendant, du Greffier du Trésor de la colonie et du Gouverneur, avec la date d’émission.

Empire français d’Amérique (en vert), vers 1750.

Avec la bénédiction du roi, demande fut faite aux commerçants locaux d’accepter cette nouvelle monnaie d’échange, contre la promesse d’un remboursement en argent sonnant au retour des navires français. On utilise cette pratique pendant des années, mais elle prend fin vers 1717, car le gouvernement français n’arrive pas à rembourser l’intégralité des cartes qui transitent en Nouvelle-France. On évalue actuellement à deux millions de livres la monnaie de carte en circulation au pays vers 1714. À la même époque, certaines cartes à jouer valent jusqu’à 100 livres!
Quelques années plus tard, la monnaie de carte refait surface à la demande des commerçants. Cet argent papier équivaut à divers montants selon sa dimension. Par exemple, une carte entière pouvait normalement valoir jusqu’à 24 livres. Les cartes sont ensuite coupées en deux ou en quatre pour diviser leur prix. L’historien Marcel Trudel (1917-2011) en situe une utilisation en 1737, alors que Joseph Sévigny de la Chevrotière, un capitaine de navire membre d’une importante famille seigneuriale, achète une esclave de 13 ans de la nation des Renards au prix de 350 livres, prix habituel pour une jeune Amérindienne, qui équivaut toutefois, pour la même époque, à quatre fois le salaire annuel d’un ouvrier. La transaction, effectuée chez un notaire de Québec, rue St-Pierre en basse-ville, est entièrement réglée en monnaie-carte à jouer. Les autorités françaises procèdent à l’émission de ces cartes jusqu’à la chute de la Nouvelle-France, soit en 1763.

Le roi de cœur (2009), issu de la collection de monnaie de carte de la Monnaie Royale Canadienne. Prix: environ 90$.

De 1720 à 1760, d’autres formes de papier-monnaie voient le jour à Québec et en viennent à surpasser les cartes à jouer en popularité. Le « certificat », par exemple, est un montant certifié que les commerçants utilisent avec leurs fournisseurs, tandis que l’ « ordonnance de paiement » est un papier signé par l’intendant et qui est remboursable, au même titre que les cartes et les certificats, par une lettre de change du Trésor de la Marine. Après 1763, les Canadiens détiennent encore l’équivalent de quelque 16 millions de livres en monnaie de papier, dont seulement 3,8 % en monnaie de carte. Suite à sa défaite, la France ne remboursera pas la totalité du papier-monnaie. La plupart des habitants perdent alors confiance dans la monnaie de papier et se mettent à thésauriser chez eux, utilisant au besoin le légendaire « bas de laine ». Dans les livres d’histoire, on dépeint souvent cette monnaie-carte comme «originale» et «ingénieuse». Dans les faits, elle semble avoir affaibli l’économie de la colonie en plus de contribuer à la chute de l’empire français d’Amérique, car elle reposait davantage sur un gage de confiance des fonctionnaires que sur une contrepartie métallique.

Par la suite, d’autres types de monnaie firent leur apparition. On vit même circuler des boutons aplatis! Ces formes de devises finissent par embrouiller le système d’échange, si bien qu’on ne sût plus, pendant un temps, quelle monnaie accepter ou refuser, ni même leur valeur exacte. Si, malheureusement, aucun exemple de monnaie-carte à jouer n’a survécu jusqu’à nos jours, ce patrimoine demeure bien vivant. Pour preuve, à l’occasion du 400e de la Vieille-Capitale, la Monnaie Royale Canadienne a produit, une série « Monnaie de carte » en argent sterling à l’image de celles utilisées au 18e siècle, dont le prix varie autour de 90$ la pièce. Avis aux collectionneurs !

Samuel Venière
Cynthia Labonté

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Pour en savoir plus sur l’histoire de la monnaie canadienne, consulter l’extrait de La monnaie et la politique au Canada, disponible en format PDF ici

À voir aussi…

Martin Masse y consacre un article très concret dans son blog, traduit de l’anglais d’après une conférence donnée en Alabama en 2006

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La pierre de l’Ordre des chevaliers de Malte : Une fenêtre sur un passé méconnu

La Ville de Québec est décidément bien unique. Elle est non seulement la seule ville d’Amérique du Nord toujours entourée de remparts, mais elle détient son propre château, soit le Château Frontenac, inauguré en 1893 et nommé en l’honneur de Louis de Buade (1622-1698), compte de Frontenac. Absolument indissociable de l’image de la Vieille-Capitale, sa majestueuse stature émerge de la cité tel un pic et domine le fleuve St-Laurent des hauteurs de la terrasse Dufferin. Le célèbre hôtel, dont l’architecture s’inspire des châteaux français de l’époque de la Renaissance, subit plusieurs transformations au fil du temps, comme l’ajout de la tour centrale en 1926. Témoin de l’histoire, ses murs logèrent Theodore Roosevelt et Winston Churchill lors de leur passage à Québec en 1943, réunis dans la Citadelle pour planifier des stratégies contre les forces de l’Axe. Maurice Duplessis, ancien premier ministre du Québec et fondateur du parti de l’Union nationale, y résida également un certain temps. L’hôtel expose d’ailleurs plusieurs images de ces événements et autres de son histoire dans les allées de ses étages inférieurs, près du Salon Rose.

À travers les nombreuses traces du passé reconnaissables sur ce château, une pierre en particulier retient notre attention. Malgré son âge vénérable, elle est méconnue des habitants de la Capitale. Presque dissimulée, celle-ci est incrustée au-dessus d’un passage voûté menant à la rue St-Louis sur la façade nord de la cour intérieure du Château Frontenac. En y portant attention, on remarque une stèle de dimension moyenne, soigneusement conservée, teintée d’un rouge vif et gravée d’une croix à huit pointes; c’est la pierre symbolisant l’Ordre Souverain Militaire et Hospitalier de Saint-Jean-de-Jérusalem, de Rhodes et de Malte (de son nom officiel). Mais qu’a donc cette pierre de si spécial? Pourquoi l’a-t-on conservé? Quelle est sa signification?

Pierre gravée pour le prieuré des Chevaliers de Malte, Québec, 1647

Cette pierre est en fait l’une de celles qui constituaient autrefois les fondations du fameux château St-Louis, situé sur l’actuelle terrasse Dufferin et nommé ainsi en hommage au Roi Louis XIII. Initialement construit par Samuel de Champlain en 1620, il s’agit de la résidence officielle du gouvernement de la Nouvelle-France. C’est en 1647 qu’on y sculpte cette croix de Malte, ce qui lui donne aujourd’hui plus de 350 ans! La stèle est donc largement antérieure au Château Frontenac.

L’Ordre des Chevaliers de Malte est une organisation catholique et militaire dont la création remonte à l’époque des Croisades, soit le 11e siècle. Le groupe réclame pour origine l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem (ou « Ordre de l’Hôpital », « les chevaliers hospitaliers » ou simplement « les Hospitaliers »), un prieuré de moines guerriers fondé à Jérusalem en l’an 1048 pour assurer la sécurité des pèlerins occidentaux venus trouver l’absolution divine en Terre Sainte. Leur patron spirituel est alors Saint-Jean Baptiste. Plusieurs de ces groupes, traditionnellement constitués de membres issus de la chevalerie et de la noblesse chrétienne, ont survécu à l’épreuve du temps, et ont traversé les siècles pour se rendre jusqu’à nous. La tradition veut que les chevaliers de Malte eussent déjà été en présence active dans la cité de Québec au 17e et au 18e siècles. Ce sont des capitaines de bateaux, des hommes d’affaires, des diplomates, etc. Le fils cadet de Montcalm en sera un.

Si Samuel de Champlain n’était pas l’un d’eux, sont adjoint, De Lisle faisait bien partie de l’Ordre. En 1647, le gouverneur de la colonie est Charles Huault de Montmagny, également chevalier de Malte. La même année, il reçoit un cheval (le premier au Canada et le seul pendant presque 20 ans) des habitants de Québec s’étant cotisés pour le lui offrir. En effet, on ne pouvait imaginer un chevalier sans cheval! Il semble que Montmagny était  particulièrement infatigable dans ses efforts pour promouvoir les intérêts de l’Ordre dans la colonie. La pierre de Malte s’inscrit directement dans cette logique de promotion. Rappelons que la mission des premiers colonisateurs porte un puissant message religieux. La France, dans son expansion, n’apporte pas que le savoir et la  civilisation dans les « Indes occidentales », mais aussi ses croyances. Dans un monde en féroce compétition comme celui de l’ère coloniale en Amérique du Nord, il importe de montrer que Dieu est de son côté.

En 1759, lors de la conquête anglaise de la Nouvelle-France, un incendie vient à bout du  château St-Louis. Ce n’est qu’en 1784, lors de fouilles sur la terrasse Dufferin, qu’on retrouve la pierre de Malte. Elle est, par la suite, intégrée à l’architecture extérieure du Château Frontenac et accompagnée de l’inscription suivante: « Stone carved for the priory of the knights of Malta, Quebec, 1647» («Pierre gravée pour le prieuré des Chevaliers de Malte, Québec, 1647»). En réalité, il n’y eu jamais de « prieuré » au Québec. Malgré ce qu’on pu penser les anglophones du XIXe siècle, les prieurés ont toujours été européens. L’emplacement actuel de la pierre se justifie non seulement par le fait que le luxueux hôtel se trouve sur le site de l’ancien château du gouverneur, mais aussi puisque l’on sait que le compte de Frontenac, Louis de Buade, était également chevalier de Malte. Pour ces raisons, l’endroit était donc tout désigné pour permettre à la stèle de garder une place vivante dans la mémoire collective.

Emplacement de la pierre.

L’Ordre de Malte est l’un des rares ordres fondés au Moyen Âge à être encore actif aujourd’hui, après plus de 960 ans d’histoire. Leur patron, Saint-Jean Baptiste, deviendra celui des Français du Canada lors des premières célébrations de la fête nationale du Québec en 1834 (La Pape Pie X le reconnaîtra officiellement en 1908), organisées par Ludger Duvernay, imprimeur et patriote québécois, pour défendre la langue française face au pouvoir britannique. Tout au long de cette période, l’Ordre demeure fidèle à sa mission et à ses engagements. Il apporte, entre autres, une assistance médicale et humanitaire dans certains pays dans le besoin, particulièrement lors de catastrophes naturelles. Sa mission s’est vue intensifiée surtout pendant les deux Guerres mondiales grâce à la contribution des Grands Prieurés et des Associations nationales. De fil en aiguille, leurs projets prennent de l’ampleur. Ceux-ci touchent actuellement plus de 120 pays dans le monde, notamment au Brésil, en Afrique de l’ouest, au Proche-Orient et en Inde, dû au travail de plus de 13 00 bénévoles laïcs des Chevaliers et des Dames de l’Ordre provenant de toutes les classes sociales et quelques centaines de religieux.

La pierre demeure aujourd’hui visible à tous, ancrée dans le Château Frontenac comme une empreinte indélébile du passé. Elle rappelle un temps où le destin de la colonie était, pour le meilleur et le pire, intimement lié à celui de la religion. Pour un passant non informé, il ne s’agit que d’une autre des millions de pierres qui constituent la charpente de la cité. Pour les historiens, amateurs comme les spécialistes, c’est une fenêtre ouverte sur un héritage culturel historique et méconnu.

Samuel Venière

Cynthia Labonté

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Un certain nombre d’informations soulevées dans cette capsule sont tirées d’un entretient privé avec Christian Samoisette, Chevalier de Grâce Magistrale de l’Ordre Souverain Militaire et Hospitalier de Saint-Jean-de-Jérusalem, de Rhodes et de Malte (Ordre de Malte Association Canadienne).

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Bière et «bouillon» en Nouvelle-France : La taverne de Jacques Boisdon

L’histoire laisse des traces sur son passage. Bien souvent, on passe devant sans même les voir. Pourtant, les signes sont bien là, nombreux et prêts à susciter, sous notre regard curieux, des « flashs » de notre passé. Dans l’arrondissement historique de la ville de Québec, une de ces traces concerne une mystérieuse plaque commémorative située au 20 de la Côte de la Fabrique, là où se dresse aujourd’hui le magasin Simons. Ce commerce, qui a pignon sur rue à cet endroit depuis plusieurs générations, occupe en fait un édifice qui abrita, en 1648, la première taverne de l’histoire de la capitale. Mieux encore, cette plaque nous rappelle, de manière assez anecdotique, que le nom du cabaretier n’était nul autre que Jacques Boisdon : un nom qui, avouons-le, incite fortement à « lever le coude »!

Au milieu du 17e siècle, Québec n’est encore qu’une colonie de peu d’importance dans le nouveau système-monde établi par les grands empires coloniaux. La ville porte en elle à peine 500 âmes, dont une bonne partie sont des religieux et des religieuses. Depuis ses touts débuts, le destin de la colonie est intimement lié à celui de la production de boissons alcoolisées. Bien avant l’arrivée des Français, la vigne pousse sur les terres qui longent le fleuve St-Laurent. Jacques Cartier, voyant cela, avait d’ailleurs surnommé l’île d’Orléans, l’« Île de Bacchus », en hommage à la divinité romaine. En fait, dès 1619 les missionnaires jésuites et récollets pressent déjà leur propre vin, destiné aux messes. Pourtant, même si certains leur trouvent des qualités surprenantes, la majorité des habitants ne supportent pas l’âcreté des vins élaborés à partir de la vigne d’ici. La plupart sont donc importés d’Europe, mais leur coût est élevé.

Enseigne d’auberge, fin du 17e siècle. Musée virtuel de la Nouvelle-France.

Les premiers colons sont surtout des buveurs de bière, une boisson qui jouit d’une mauvaise réputation en France, où on dit qu’elle « échauffe » le sang et les humeurs. En Nouvelle-France, c’est justement cela qui fait son succès auprès de ceux qui, les premiers, doivent affronter le froid mordant des rigoureux hivers québécois. C’est donc pour étancher cette soif qu’ouvrent, dans les années 1640, les premières brasseries de la ville, comme celle de la Communauté des habitants à Québec. Avant cette date, les colons boivent une espèce de boisson fermentée et fabriquée de manière artisanale par les familles dans une pièce de la maison (généralement la cuisine) avec des ressources rudimentaires. On appelle cette version primitive de la bière, le « bouillon ». Elle était préparée à partir d’un morceau de pâte crue contenant du levain que l’on mettait à tremper dans l’eau, provoquant ainsi une fermentation suffisamment alcoolisée.

C’est le 19 septembre 1648 que le Conseil de la Nouvelle-France accorde l’ouverture de la première auberge de Québec et du Canada. En fait, il s’agit à la fois d’un hôtel, d’une pâtisserie et d’une taverne, puisque le tenancier obtient aussi le droit d’exploiter les installations brassicoles du bâtiment. C’est donc, pour ainsi dire, le premier cabaret de l’histoire du Québec. Avec son nom prédestiné, Jacques Boisdon acquiert ainsi le statut de premier aubergiste et cabaretier dans la ville.

En vérité, on connaît bien peu de chose de cet homme, communément appelé « Jean » à tort, et de sa carrière, si ce n’est qu’il obtint le droit exclusif de tenir cabaret à Québec pour une période de 6 ans, et que le commerce est racheté en 1655 par un autre marchand (Pierre Denys de La Ronde), qui perpétue sa vocation de brasserie jusqu’en 1664. On peut facilement imaginer le succès d’un tel établissement dans une colonie où l’éloignement et le climat hivernal font de la vie un véritable défi. En ces murs ont lieu d’épiques scènes de rencontres entre colons, soldats et coureurs des bois, fraternisant autour de chopes de bière débordantes à la santé des rudes hivers, échangeant récits, nouvelles, éclats de rire et ragots tout en se moquant des tracas quotidiens de la survivance. Ceux-ci ont désormais un toit commun pour se réunir, manger, boire et festoyer ensemble, voire même dormir sur place si la nuit avait été trop arrosée. «La bonne affaire!», a dû penser Boisdon!

C’est à l’occasion de l’ouverture que le Conseil élabore la plus ancienne législation relative à la tenue des auberges et des cabarets en Nouvelle-France. Le tavernier est ainsi assujetti à une série de clauses qu’il doit respecter, comme empêcher tout scandale, ivrognerie, blasphème ou jeu de hasard dans sa maison et fermer son établissement les dimanches, les jours de fêtes ainsi que pendant les offices religieux. La tradition veut, à ce sujet, que le bedeau de l’église passait sa canne sous les lits de l’auberge pendant les messes, afin de s’assurer que nul de s’y cache et échappe ainsi aux engagements de sa foi. D’une façon générale, Boisdon était soumis aux ordonnances et règlements du commerce en vigueur à son époque.

« La visite » de Pierre Laforest, représentant la taverne de Jacques Boisdon, située dans l’actuel magasin Simons.

Le contrat stipule également que le cabaretier doit s’établir sur la place publique, près de l’église. Le lieu est donc fixé en un endroit aujourd’hui bien connu des marcheurs du Vieux-Québec, soit dans l’édifice de l’actuelle boutique Simons, qui lui consacre une plaque commémorative sur sa façade. Cette anecdote savoureuse à d’ailleurs inspiré Peter Simons à proposer au peintre-muraliste Pierre Laforest de l’Île d’Orléans, qui travaille d’après une technique traditionnelle apparentée à celle des maîtres hollandais du 17e siècle, d’imaginer une toile qui pourrait illustrer cette anecdote. Vous pouvez admirer ce tableau intitulé « La visite » installé au rez-de-chaussée du magasin dans le corridor reliant les corps du bâtiment. L’École hôtelière de la Capitale a également honoré une de ses salles à manger du nom de ce mystérieux personnage.

On néglige souvent l’importance de l’anecdote, et pourtant, les informations qu’elles nous livrent sont d’une richesse intarissable. «Certes, elles ne sont que des épiphénomènes ridant à peine l’océan de l’histoire. Mais n’occasionnent-elles pas des réflexions aussi profondes que les grandes théories? Ne proposent-elles pas un condensé de la nature humaine

Samuel Venière

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Pour en savoir plus sur les boissons au temps de la Nouvelle-France, consultez le fascinant ouvrage de Catherine Ferland. Bacchus en Canada: boissons, buveurs et ivresses en Nouvelle-France. Quebec City: Septentrion, 2010.

Voir aussi…

Marcel Moussette,  Cap-aux-Diamants : la revue d’histoire du Québec, n° 28, 1992, p. 18-20. La bière à l’époque de Jean-Talon

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«Gangstérisme» au Bas-Canada: La Bande à Chambers

Dans les années 1830, « un véritable règne de terreur avait affolé la ville [de Québec] et ses environs. […] À chaque instant, on signalait de nouveaux crimes dont les auteurs restaient insaisissables. Ce n’étaient que vols à main armée, que meurtres atroces, que maisons pillées, qu’églises saccagées, que sacrilèges inouïs. » Voilà les termes choisis par Louis Fréchette (1839-1908), avocat, journaliste, poète et homme politique de cette époque, dans ses mémoires pour décrire les méfaits d’un des groupes criminels qui a le plus  marqué l’histoire et l’imaginaire collectif de la ville de Québec : la bande de Chambers, aussi appelés les brigands du Carouge (Cap-Rouge).

Le 19e siècle est une ère d’urbanisation et d’immigration massive en Amérique du Nord. Les villes grossissent vite, trop vite, se gonflent d’industries fumantes qui empoisonnent l’air des rues étroites où des ouvriers s’entassent pour tenter de gagner leur vie. Dans ces conditions de promiscuité et de misère, certains sont décidés à briser les règles pour améliorer leur sort. Parmi ces villes, Québec ne fait pas exception. Les années 1830 correspondent pour elle à l’âge d’or du trafic du bois. C’est l’époque des premiers draveurs, qui risquent leur vie pour alimenter ce commerce et guider les cages de billots de bois sur les courants vers le port de de la capitale, dont l’achalandage maritime explose littéralement.

Le groupe a pour chef un dénommé Charles Chambers, un charpentier du quartier St-Roch, considéré comme un homme honnête. Après ses années glorieuses, son frère, Robert Chambers, est même maire de Québec de 1878 à 1880. On ne connaît pas avec précision le nom de tous les membres du « gang ». On sait toutefois que le principal complice de Charles était un dénommé George Waterworth. La bande, composée d’environ six membres, commence par effectuer des vols de bois puis, rapidement, des vols résidentiels chez les habitants installés en bordure du fleuve St-Laurent, dans les quartiers du vieux port et du Cap-Blanc et aussi vers Cap-Rouge, Sillery et St-Augustin. On dit que le soir, lorsqu’ils voient une lourde charge de sacs de grain partir du port en direction de la Côte-de-la-Montagne, ils s’empressent de la suivre pour pousser l’arrière de la voiture afin d’aider la bête à gravir la pente puis, arrivés à mi-chemin, laissent tomber deux ou trois sacs du chargement pour les faire débouler en bas de l’escalier Casse-Cou, où leurs amis se chargent de récupérer le butin. Une fois le larcin commis, le groupe se retrouve clandestinement dans l’obscurité boisée des Plaines d’Abraham afin de partager les gains et planifier leur prochain forfait.

Peinture de Henry Richard S. Bunnett, représentant la rivière de Cap-Rouge en 1886. Banque numérique du Musée McCord.

Charles n’hésite pas à faire usage de la violence. Un marchand qui a le malheur de vouloir le dénoncer est retrouvé noyé dans le fleuve St-Laurent. Il va même jusqu’à assassiner un des membres de sa propre bande, James Stewart, lorsque celui-ci se met en travers de sa route. L’historien Pierre-George Roy mentionne que Chambers et sa bande étaient si riches en crimes de toutes sortes qu’on leur attribua la plupart des meurtres inexpliqués survenus au Québec entre 1834 et 1837. Au fil du temps, leurs coups deviennent plus violents, plus audacieux. Les citoyens en viennent à se barricader dans leur demeure une fois la nuit tombée. La police est impuissante à résoudre ces enquêtes et la bande acquiert la réputation de ne jamais se faire prendre. Le mythe grandit, tandis qu’un climat de peur et d’angoisse pèse sur la capitale.

Un jour, le groupe commet un vol impardonnable et sacrilège aux yeux des habitants très croyants de la cité. Des vases sacrés, des coupes et des bijoux appartenant à la chapelle de la Congrégation (aujourd’hui, la Chapelle des Jésuites, située au 20 de la rue Dauphine, à l’angle de la rue d’Auteuil), sont dérobés en pleine nuit. Blasphème! Outrage! La ville offre de fortes récompenses pour quiconque détient de l’information sur les voleurs. Les recherches mènent finalement la police à fouiller la résidence de Chambers et dévoilent des preuves accablantes le reliant à plusieurs crimes irrésolus. Le chef de bande est arrêté en juillet 1835 à l’âge de trente ans, et est enfermé dans la prison de Québec, aujourd’hui le Morrin Center, situé au 44 de la Chaussée Des Écossais. Curieusement, on ne retrouva jamais le trésor volé. Plusieurs sources mentionnent que Chambers aurait enfoui celui-ci dans les environs de Cap-Rouge, près de la rivière ou encore à proximité d’un vieux moulin. Il semble que la bande prévoyait fondre les vases pour s’en faire des lingots. Arrêtés et condamnés, les voleurs n’ont pu récupérer leur trésor, qui, selon la légende, serait toujours disponible au même endroit…

La réputation de Chambers dû à ses nombreux crimes fait de son procès un événement retentissant dans la capitale. Au final, trois procès lui sont intentés, ainsi qu’à ses acolytes, au terme desquels une sentence de peine mort par pendaison commuée en exil est proclamée. Près de 175 ans plus tard, la ville de Québec demeure marquée par cette affaire. Chaque année la Commission des champs de bataille nationaux propose aux citoyens de revivre cet épisode anecdotique de l’histoire de Québec en recréant ce fameux procès. Cette activité historique et culturelle interactive permet aux spectateurs de rencontrer ces personnages du passé, comme le bourreau de la ville, et même de participer au procès de ces dangereux criminels.

Chambers est embarqué le 28 mai 1837 pour la Nouvelle-Galles du Sud,  une colonie pénitentiaire d’Australie, à bord du Cérès sous la gouverne du capitaine Squire. Selon certains historiens, il serait mort environ 6 ans après son arrivée. D’autres mentionnent toutefois qu’il serait parvenu à se libérer de ses chaînes pendant le trajet et aurait déclenché une mutinerie qui manqua de peu de prendre le contrôle du navire. Vrai ou pas, Chambers aura donné du fil à retordre à ses tortionnaires jusqu’au bout.

Samuel Venière

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Pour en savoir plus, consulter le blog de Vicky Lapointe, « La petite histoire du crime: La Bande à Chambers »

Voir aussi…

La bande de Chambers dans « Les petites choses de notre histoire ». Septième série de Pierre-George Roy, paru en 1919, en version numérique disponible en ligne

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